Mais les bombes atomiques ne disparaîtront pas. Vous avez oublié… À l’époque, les centrales nucléaires, c’était l’avenir. Dans les yeux de certains, je peux lire : « Nous n’avons besoin de rien ! Il y avait des numéros partout, des barbelés, un homme casqué dans un mirador, des chiens qui aboyaient. Ma profession militaire est spécialiste du combustible nucléaire. Mais ma fille y fait des sauts, comme si elle voulait se faire à l’idée… Nous aurions pu partir d’ici, mais mon mari et moi, nous avons réfléchi et y avons renoncé. La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Mais la conscience n’était pas prête. On l’a vraiment respecté. Le CAS' NARD (journal de Bernard Martial). En un mois, nous avons rempli notre sépulcre. Ils pouvaient également ouvrir une information judiciaire pour activités antisoviétiques, ou pour escroquerie, par exemple, à cause d’une caisse de clous qui n’avait pas été enregistrée par l’économe de l’Institut. Alexievitch, Svetlana. Dans le bus, nous étions une quinzaine, tous des officiers de réserve. Je lisais… J’imaginais… tout le pays a vu le film, , consacré aux atomistes soviétiques. J’expliquais aussi comment le boire de manière correcte. Mais je m’en fous ! Monologue sur le pouvoir démesuré d’un homme sur un autre :  Vassili Brissovitch Nesterenko, ancien directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie. J’ai eu deux diplômes d’honneur. 182; 1 Diagram. Les journaux écrivaient : « Au-dessus du réacteur, l’air est pur. Le cinquième mois, notre lieu de cantonnement fut changé. Les paysans n’avaient rien à faire ni du tsar, ni du pouvoir soviétique, ni des vaisseaux spatiaux, ni des centrales nucléaires, ni des meetings dans la capitale. Oh ! Il fonctionne pendant deux heures. Des panneaux : « Accotements contaminés. Les aiguilles des appareils enregistreurs restaient bloquées au maximum, mais personne (219) ne comprenait rien. Nous achetions le saucisson le plus cher en espérant qu’il était fait avec de la bonne viande. Mais s’il a l’atome à sa disposition… Je ne suis pas une philosophe et je ne vais pas philosopher. Temporalités 22 (2015) La cour s’est vidée aussitôt. Tout se confond dans ma mémoire, ce que j’ai lu et ce que j’ai vu…. Ma femme travaillait elle-même pour notre Institut. Elle allait simplement chercher un bocal vide de trois litres qui était resté pendant deux ans accroché sur sa palissade. Nous avions foi en notre bonne étoile. Nous allons tous bientôt mourir ! Il m’est impossible d’aller chez eux. Je pense qu’ils ne me croyaient pas ou qu’ils étaient incapables de comprendre le caractère terrible de l’événement. 12 citations de Svetlana Alexievitch - Recueil de citations et de pensées de Svetlana Alexievitch issues de ouvrages, discours et livres. Il s’intitulait : . une nouvelle guerre du Caucase est-elle en cours ou va-t-elle seulement commencer ? Je suis entré à l’Institut de l’énergie de Moscou et là, j’ai appris qu’il y avait une faculté ultra-secrète, celle de l’énergie nucléaire. Plusieurs n’avaient même pas pris leur rasoir car ils étaient certains de n’y aller que pour quelques heures. « Dans votre coin, tout va bien. Remets au lavage le linge qui sèche sur le balcon… dilue deux gouttes d’iode dans un verre d’eau. On dit que la radiation n’a pas de couleur, mais les flaques étaient vertes ou jaunes, fluorescentes. Je ne réussis pas à l’exprimer. Or, maintenant, j’ai envie d’écrire. Fiche d’ESH avec explications détaillées sur le principe du multiplicateur keynésien, pour les prépa HEC ou les lycéens. Nous ne comprenions pas que la physique existait et qu’aucun décret du gouvernement ne pouvait le changer. Je pouvais manger de la neige en guise d’eau, ne pas sortir de la rivière, l’été, plonger cent fois… Leurs enfants ne peuvent pas manger de la neige. Pendant deux jours, nous avons refusé de travailler dans les champs. Mais elle était heureuse ! Svetlana ALEXIEVITCH La Supplication . La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse de Svetlana Alexievitch J’enseigne la littérature russe à des enfants qui ne ressemblent pas à ceux qui fréquentaient ma classe, il y a dix ans. Des milliers de livres avec la livraison chez vous en 1 jour ou en magasin avec -5% de réduction . Nous avons passé la nuit à la gare. Autres citations : Pour neutraliser les radiations, on vous avait donné une… Pour neutraliser les radiations, on vous avait donné une pleine valise de vodka.La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse (1997)Citations de Svetlana Alexandrovna AlexievitchSvetlana Alexandrovna Alexievitch Il agissait selon les plans de la C.I.A. Écrivez un livre honnête. Les gens continuaient à travailler comme si de rien était. Livraison''Svetlana Alexievitch La supplication Tchernobyl 3 / 20. Ma femme avait donc tout compris. » Röntgens, microröntgens, un langage d’extraterrestre… Retour à Minsk. Alors, que devaient penser les autres ? » Oui, nous étions des soldats, mais pas des zeks ! J’ai eu deux diplômes d’honneur. On m’a embarqué directement de l’usine, avec la chemisette que je portais. On évacue un village et l’on prévient celui d’à côté : évacuation dans une semaine. Je faisais en sorte qu’on exécute le plan que personne n’avait annulé… Durant les premiers jours, les gens n’éprouvaient que de la peur, mais aussi de l’enthousiasme. Mais si la vodka n’était pas d’un grand secours contre les radiations, ses effets psychologiques étaient positifs. De toute manière, le retour, elle le ferait le lendemain. J’ai continué d’écrire, de faire des conférences. On a demandé aux volontaires de faire un pas en avant. » J’avais des chiffres, des cartes. Je n’irai plus dans la zone alors que, avant, cela m’attirait. Ils voulaient. Une voisine m’a dit en chuchotant que Radio Liberty parlait d’un accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl. dépasse la Kolyma, Auschwitz et l’holocauste. Après la guerre, je suis rentrée du camp de concentration…. La grosse pointe du doigt quelque part… Une ombre surgit du demi-cercle sombre et devient un homme. J’ai compilé pendant sept ans des coupures de presse, des notes, des chiffres. L’homme rit… Ce rire, c’est comme un discours. La vodka était plus appréciée que l’or. Dans les écoles, les masques à gaz dataient d’avant la guerre et les tailles ne convenaient pas aux enfants. Non, ce n’étaient pas des criminels, mais des ignorants. Aujourd’hui, c’est la mode d’injurier les communistes, de dire que ce sont tous des criminels. Et nous, élevés sous. Nous sommes responsables de tout, y compris des lois de la physique. Citations, analyses et fantaisies. Et puis nous avons bientôt appris que l’on ajoutait de la viande contaminée justement dans ce saucisson-là car il n’était consommé qu’en petites quantités à cause de son prix élevé. Nos troupes se trouvent là-bas. L’auteur . Les plus forts étaient la peur et l’impression d’outrage. Je pensais qu’il ne me restait que quelques jours à vivre et je n’avais pas envie de mourir. Monologue sur la liberté et le rêve d’une mort ordinaire : Alexandre Koudriaguine, liquidateur. Si nous étions restés dans un système fermé, derrière le rideau de fer, les gens seraient demeurés à proximité immédiate de la centrale. Pour l’instant, nous n’avons pas de formule, pas d’idées. Les chauffeurs qui les transportaient racontaient que ces veaux étaient bizarres : leurs poils pendaient à terre et ils avaient tellement faim qu’ils mangeaient de tout, même des chiffons et du papier. Je veux écrire autre chose : que nous étions une génération soviétique… Nos amis sont médecins, enseignants. Ils venaient au monde, faisaient l’amour, gagnaient leur pain dans la sueur, assuraient la lignée, attendaient les petits-enfants et. Un tracteur labourait un champ. C’était une forme de protestation. Il ne suffisait pas, non plus. On fêtait les quarante ans de la Victoire. Je me souviens aussi de discussions sur le sort de la culture russe, de son penchant pour le tragique. L’attente ininterrompue d’un désastre. L’un était étalonné jusqu’à 5 röntgens : l’aiguille venait aussitôt buter aux maximums. À la colonie de vacances où ma fille a passé un été, on avait peur de la toucher : « Un hérisson de Tchernobyl. Nous maintenons des liens les uns avec les autres. Alexievitch S (2004) La supplication: Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, traduction de Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Éditions J’ai lu Anderson NB (2011) Special issue: psychology and global climate change. » Nous avons ri, nous avons juré. C’est une spécialité secrète. Plus tard, nous avons compris : ils croyaient tout ce qui se passait sur la scène. C’était très grave, cela représente la limite admise dans des locaux soumis à l’irradiation pour une durée de travail ne dépassant pas 6 heures. INTRODUCTION “J’écris l’histoire des âmes” Entretien de Svetlana Alexievitch avec Michel Eltchaninoff mIChEL ELTChaNINoff: Il y a en Europe un drôle de pays où le temps s’est figé. Il ne s’est relevé que lorsqu’il a eu fini. Après la guerre, je suis rentrée du camp de concentration… J’ai survécu. La force de vivre. Ce n’est plus de la tromperie. Chaque jour qui passe, l’ignominie sur l’écran se fait encore plus terrible que la veille. Je veux écrire autre chose : que nous étions une génération soviétique… Nos amis sont médecins, enseignants. Nous avions des idéaux élevés, nous avions foi en la victoire, nous allions vaincre Tchernobyl, nous lisions des articles enthousiasmants sur la lutte héroïque pour dompter le réacteur que l’on ne maîtrisait plus. Mais si la vodka n’était pas d’un grand secours contre les radiations, ses effets psychologiques étaient positifs. Nous leur avons parlé de la radiation très élevée. Comment détruire, enterrer, transformer en déchets tout cela ? Ils étaient faciles à (208) nourrir ! cent fois, éclater en mille morceaux, mais si tu faisais des efforts et avec un peu de chance. À l’époque, il suffisait de survivre. Il est probable que si on nous avait interdit de partir d’ici, si on avait installé des barrages autour de la zone, beaucoup d’entre vous se seraient calmés. C’est ce qui s’est passé… Ce jour-là, je me suis présenté à mon poste de chef de laboratoire à l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie. À titre personnel. Elle avait neuf ans et dansait très joliment. Ils montent sur le toit les bras nus, avec juste des gants de toile ! Les évacués de Tchernobyl ont été déplacés « en Europe », dans des bourgades de type européen. Je n’avais pas envie de rester assis sur une chaise. Certains tremblaient de peur, d’autres d’envie ! La connaissance restera… Vous vous bornez à poser des questions, et moi, j’argumente tout le temps. Nous n’avons même pas de territoire historique. Les Fausses confidences de Marivaux. En fait, personne ne comprenait les dimensions de ce qui se passait. Vous embrouillez les gens. Nous nous trouvions désormais tout près du réacteur. Ils pouvaient m’interner en asile psychiatrique. Une première idée nous est (176) venue : l’enveloppe de l’un des éléments calorifères avait perdu son étanchéité dans la zone active. [Svetlana Alexievitch] -- Journaliste biélorusse, l'auteur a enquêté pendant trois ans et interrogé les hommes et les femmes de Tchernobyl pour reconstituer leurs sentiments et leur état d'esprit. La direction demande des rapports sur l’avancement et le rythme des semailles. Il a mis en marche son appareil et a promené son capteur le long de nos bottes. Aucun d’entre nous n’avait de doute quant au fait qu’on pouvait nous emprisonner pour refus d’obéissance. … Dans la presse, tout était mensonge… Je n’ai lu nulle part que nous fabriquions une sorte de cotte de mailles, des chemises de plomb, des culottes. J’ai été convoqué : « Sais-tu faire la différence entre l’essence et le gasoil ? J’en avais le souffle coupé. Pour eux, c’est le synonyme de justice. J’avais 17 ans en 1945 lorsque la première explosion atomique a eu lieu. La Supplication de Svetlana Alexievitch. Résumé établi par Bernard Martial (professeur de lettres en CPGE) Traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain J’ai lu n°5408. Après vérification, tout était normal. Enveloppe le chiffon et la serpillière (177), dans un sac en plastique et jette-le. * Svetlana Alexievitch, La Supplication, Traduction Galia Ackerman et Pierre Lorrain, éditions J’ai lu L’essentiel, pour vous, est de lire attentivement ces 3 uvre s de sorte à en avoir une connaissance globale. La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse de Svetlana Alexievitch - On prétend que les animaux n’ont pas de conscience, qu’ils ne pensent pas. Il fonctionne cinq minutes. - Je ne serai jamais vieux ! Voilà pourquoi je me bornerai à parler de faits. Il a continué à. percer, à genoux. Je peux lutter, organiser des manifestations, des piquets de grève, chercher des médicaments, rendre visite aux enfants malades, mais je ne peux écrire. On envoie un robot japonais. Mais c’est aussi mon travail, mon quotidien, si j’ose dire. Plus personne. Mais je n’en ai pas encore la certitude… La vie est une chose étonnante ! De plus, on annonçait par les haut-parleurs intérieurs qu’il ne fallait pas quitter les bâtiments. Là-bas, lorsque nous approchions des gares, les gens se … L’explosion d’un grand nombre d’armes nucléaires provoquera des incendies gigantesques. Ma fille, après ses cours au conservatoire, se promenait en ville avec des amis. Chez nous, de telles choses étaient considérées comme de grands secrets. Monologue sur l’éternel et le maudit : que faire et qui est le coupable ? Pour ma génération… Cela vous choque ? Citations du Prophète de l'Islam Mohamed sws - Duration: 10:01. abifas2012 Recommended for you. Cela leur a donné une formidable énergie, ou, pour utiliser le vocabulaire d’aujourd’hui, une orientation très forte vers, . » Il y a du romantisme dans ces mots. Tchernobyl a contribué à donner une bouffée d’oxygène à notre système qui allait périr. Je ne pourrai jamais abandonner le sujet. Je me souviens des premières impressions, des premières rumeurs. On tire. Si la guerre avait commencé, nous aurions eu des instructions, nous aurions su ce qu’il fallait faire. C’était cela, notre travail. Mais, dans ce cas, allez donc nettoyer l’asphalte ! Le monde a changé, il me semble plus éternel, comme avant. (Programme CPGE scientifiques 2020-2022). L’homme se détache de la Terre, il manipule d’autres catégories temporelles et d’autres mondes. Nous vivons dans un pays bien particulier… Je fermais toujours personnellement mon bureau. Ce n’étaient pas de brèves émotions, mais toute une histoire intérieure. Tout cela m’a mis la cervelle sens dessus dessous. Nous étions paralysés par la peur et les préjugés, par la superstition de la foi… Mais restons-en aux faits ! Un conte. « Quelle radiation ? L’année 1986… Quels avions étaient les meilleurs et quelles fusées les plus sûres ? Et lui leur répond : « Eh oui, j’ai tout perdu, mais que de souris crevées ! Si la radiation était encore plus importante, il fallait l’ajouter à la nourriture pour le bétail. Il a une énorme fente en guise de bouche et pas d’oreilles. Nous savons maintenant que la guerre peut commencer sans qu’on s’en aperçoive, sans se rendre compte de notre propre disparition… La défense civile est un jeu auquel excellaient de grands hommes. Nous ne sommes pas capables de la concevoir. Je savais que beaucoup de choses finiraient par être oubliées, par s’effacer. Nous ne connaissions rien d’autre. Un physicien, docteur ès sciences, spécialiste du nucléaire… comme il était insouciant ! Nous avons parlé de la reine d’Angleterre et de la princesse Diana. Soudain arrive l’ordre de former une nouvelle équipe et de l’envoyer sur le toit. Avec une hache ou un arc, ou même avec un lance-grenades et des chambres à gaz, l’homme ne peut tuer tout le monde. Le sort de millions de personnes se trouvait entre les mains de quelques individus. Elle brille dans le noir. sur une terre contaminée, à la labourer, semer ? Le commandant allume un moniteur de télévision. Article paru initialement le 2 mars 2016 sur TdC. Dans ces villages, nous rencontrions beaucoup de gens ivres. Nos responsables avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l’atome. Ce sont des gens privés d’immortalité qui en tuent d’autres. J’ai aimé la physique et je pensais que je ne m’occuperais de rien d’autre. Elle est en terminale et elle a déjà des idées pareilles. Pourquoi ai-je perdu tant d’heures et de jours devant la télé ou un tas de journaux ? » Les deux femmes ont fini par se brouiller, l’une reprochant à l’autre son manque d’instinct maternel, la seconde de déserter. Et vous désorientez (204) les gens. « Vous allez vous justifier, disais-je à Sliounkov, en prétendant que vous êtes un constructeur de tracteurs et que vous ne comprenez rien à la radiation. (194) Nous avons passé la nuit à la gare. Le fond de la radiation est normal. 15. La population avait reçu des doses de plusieurs dizaines de milliers de fois supérieures à celles des soldats qui gardent les zones d’essais nucléaires ! On nous arrachait au travail pour trois jours, sans la moindre explication. « Mais bientôt, il n’y aura plus personne pour développer cette culture, dis-je en explosant. Chez eux, c’est aussi la panique. » J’ai pitié d’elles. Nous avons manifesté jusqu’à ce que le président du kolkhoze nous promette d’octroyer, pour chaque défunt, un cercueil, ainsi qu’un veau ou un cochon et deux caisses (205) de vodka pour le repas funèbre. Nous avons deux États séparés par des barbelés : la zone elle-même et le reste. On ne peut pas dire que l’on dissimulait les choses volontairement. La connaissance restera… Vous vous bornez à poser des questions, et moi, j’argumente tout le temps. Tchernobyl a ouvert un abîme, quelque chose de plus insondable que la Kolyma, Auschwitz et l’holocauste. Nous souffrons. On a demandé aux volontaires de faire un pas en avant. Ils les rendaient après les avoir exposés à la lumière. Lave- toi les cheveux… » J’ai raccroché. La ville était en possession de 700 kg de ces préparations qui sont restées dans les entrepôts. On nous l’a pris tout le temps, effaçant nos traces. Sur les ossements des morts - Poche - Olga Tokarczuk - Achat Livre. Pourquoi cette copie ? En fait, personne ne comprenait les dimensions de ce qui se passait. Je pouvais voir sur son visage le dilemme qui se posait à lui : cafarder ou ne pas cafarder ? Après, c’était : « Ah ! Dans notre cercle, quelqu’un a sombré dans la boisson, une autre est entré au parti, pour faire carrière. Ma profession militaire est spécialiste du combustible nucléaire. J’étais assailli par un sentiment très particulier en voyant ce qui se passait. Il y avait installé son matelas et son oreiller. (182) La seconde avait confiance : « Les journaux disent que la situation redeviendra normale dans quelques jours. . Qu’est-ce que vous notez là ? Comment détruire, enterrer, transformer en déchets tout cela ? » On exerçait aussi des pressions sur les employés de l’Institut. En fait, il s’est cassé dès le début, à cause de l’absence de liberté, nous n’avions plus besoin de la vérité… J’étais ingénieur à l’usine Khimvolokno. Nous avions des dosimètres. Mais il suffisait de prendre la réalité telle qu’elle était. À la colonie de vacances où ma fille a passé un été, on avait peur de la toucher : « Un hérisson de Tchernobyl. Il n’y a que pendant la guerre que l’on suivait avec autant d’attention les communiqués du front. Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Frappé de leucémie. J’ai mesuré la thyroïde de mon fils : 180 microröntgens à l’heure. C’était une vraie internationale : des Russes, des Biélorusses, des Kazakhs, des Ukrainiens. Ils vont revenir au pouvoir et retrouver les coupables ! - Je ne serai jamais vieux ! Ils n’avaient peur de rien. vivre avec l’éternité, comme dans l’Ancien Testament : Untel a engendré Untel qui, à son tour… Nous ne savons que faire d’elle, nous ne savons pas. Téléphoner pouvait m’attirer des problèmes : me valoir le retrait de mon habilitation au secret. Ce manque de réaction me surprit grandement… Le soir même, un ami me passa un coup de fil. Je l’ai fait à la mort de, et j’ai noté ce qui se rapportait à Tchernobyl depuis le premier jour. Je suis tombé malade tout de suite après mon retour. Il avait reçu un ordre par radio : « Soldat Ivanov, dans deux heures, vous pourrez descendre pour fumer une cigarette ! Posledniïe svideteli, Moscou, Editions Ostojié, 1998. Elle est en terminale et elle a déjà des idées pareilles. L’apocalypse… L’hiver nucléaire… Tout cela a été décrit par la littérature occidentale comme une répétition avant le spectacle du futur. Il racontait l’histoire d’un soldat muet qui accompagnait une Allemande enceinte, engrossée par un soldat russe. Parce que c’est ma terre. Et les filles du coin faisaient la noce. Des gosses nous entouraient. Ils s’effrayaient et, parfois, ils me laissaient entrer. la débâcle, l’anarchie. J’ai constitué un dossier : 4 chemises de 250 feuilles chacune. On racontait des blagues sans arrêt.